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Les articles

Guerre las !

Voilà. On y est. Quoi qu’on fasse. Et bien sûr, tout le monde voudrait le monde débarrassé de ses gourous et dictateurs. Mais vu de derrière sa télé, poste majoritaire des fantassins de l’opinion mondiale, l’énorme événement est autre que celui que veulent nous vendre quelques idéologues US. L’événement c’est, pour la première fois, la visibilité du mensonge. Une grande majorité de la population du monde est spectatrice averti de l’énormité des mensonges que mettent en place ces nécessaires imbéciles va-t’en guerre. Jugé définitivement imbécile puisque nous n’aurions pas dû voir le mensonge. Mais comme un marionnettiste débutant, le président auto-élu de la première puissance mondiale a dévoilé l’envers du décor de sa politique miteuse. Mauvais joueur, tricheur lamentable et corrupteur au grand jour, cet homme pervers qu’on avait vu jouir du spectacle de la chaise électrique vient de faire la plus imbécile campagne de communication de toute l’histoire de la politique. Et la mort annoncée d’un dictateur sanguinaire n’y fera rien. Tout le monde a vu, a compris, a jugé.

Ici, les artistes qui animent les sites du portillon n’ont pas trop l’habitude de réagir à l’actualité. Mais, comme un microscopique indice que quelque chose se passe, ils ont spontanément et sans se concerter réagi à la guignolade sordide. J’ai donc ouvert cette page qui collecte leurs réactions. Ce n’est rien, juste le fruit de la nécessité de « formuler » pour encaisser.

Alain François :


Olivier Broise :


Céline Guichard :


Ll de Mars

Le monde est rond

Bientôt tous américains


Philippe De Jonckheere

En effet, les toiles de James représentaient habituellement des scènes d’une grande quiétude, qui singeaient la peinture chinoise traditionnelle, aux sujets très convenus, desquels devaient émaner un calme et une ataraxie souvent factices, mais à vrai dire les parodies de James avaient pour elles effectivement la tranquillité et la béatitude. Les sujets traités par James ne différaient en rien de ceux de la peinture traditionnelle chinoise, des bouquets d’orchidées, des théières et des tasses en fonte, posées sur un petit plateau idoine, dans le respect des règles essentielles de disposition et d’arrangement, ou des motifs de kimono surdécorés. Ces natures mortes étaient traités contre des fonds unis et équilibrés. Dans les toiles de James, ces arrière-plans étaient toujours très sombres avec de belles audaces de composition, et c’était dans cette pénombre, à la limite du déséquilibre, que James parvenait admirablement à convier au spectateur une impression de quiétude tout à fait apaisante, tout en étant sarcastique et ironique envers la peinture chinoise traditionnelle et ses rites convenus et arrêtés. A l’opposé donc de ces nombreuses toiles empreintes de sérénité moqueuse, James m’avait offert une toute autre toile. Cette toile n’avait pas de titre. Peinte sur un format irrégulier __ approximativement 102 centimètres par 105 centimètres __ elle représentait un homme au torse nu, à peine velu, efflanqué et les côtes saillantes, qui courait les pieds nus, hagard et perdu, la bave aux commissures des lèvres et les cheveux horripilés, cet homme effrayé donc, courait et tout à sa course retenait des deux mains son pantalon kaki. l’homme aux abois fuyait un ciel rougeoyant __ James s’était servi de cette astuce technique qui consiste à pré-peindre un fond dans une couleur complémentaire, dans le cas présent en rose, par dessus duquel sont peintes les autres couleurs du tableau, dans le cas présent, le kaki du pantalon et les teintes rouges orangé du déluge de feu poursuivant le soldat en fuite, le fond de couleur complémentaire faisait ressortir et saturer avec efficacité les dominantes du reste du tableau __ et agité dans lequel des corbeaux volaient sans ordre, certains même davantage dans la posture de l’oiseau abattu et tombant. James m’expliqua qu’avec cette toile il entendait s’amuser de lui-même, affairé qu’il était l’après-midi à peindre des fleurs esseulées, et disposées selon les rites ancestraux du Zen appliqué à l’arrangement floral, comme des minuscules tâches blanches ou colorées sur un fond sombre qui tout entier les mangeait presque, tandis qu’il écoutait à la radio les compte-rendus de la Guerre du Golfe qui sévissait en février 1991. Dans une émission radiodiffusée, d’anciens soldats, d’autres guerres passées, témoignaient de ce que fut pour eux la guerre au quotidien et James fut tout particulièrement intrigué par le récit de l’un d’entre eux, qui racontait avoir été surpris par un bombardement tandis qu’il déféquait. Et c’était là tout l’inédit de cette scène, pour James, qui m’expliquait que c’était au travers de ce témoignage qu’il avait pris la mesure de ce qu’était la guerre, de ce qu’était cette Guerre du Golfe, dont tous les observateurs s’accordaient pour dire que c’était une guerre propre insoucieux qu’ils étaient que sous le feu clinique de ce qui était appelé les bombes intelligentes (smart bombs) et les frappes dites chirugicales, des soldats et des civils irakiens étaient dérangés jusque dans leur transit. James pensait à ces hommes et à ces femmes bombardés nuit et jour tandis que lui-même, sur un autre continent, peignait des natures mortes et des scènes de genre, dont devaient émaner le sentiment de paix et de détente. Cette toile de James a de fait beaucoup voyagé. Du Sud de la ville où habitait James, elle est remontée vers le Nord, le long de la Western Avenue dans mon quartier de l’East Village, puis elle me suivit lors de mon retour en France où elle m’accompagna dans l’appartement du 79, rue de Tolbiac dans le treizième arrondissement de Paris, puis dans celui du 227, avenue Daumesnil dans le douzième arrondissement de Paris, par la suite je l’emportais avec moi dans le Sud de l’Angleterre, dans mon appartement du Nord de Portsmouth, enfin à mon retour d’Angleterre, elle a transité sans jamais y être déballée dans notre appartement du 56, rue Charlot dans le troisième arrondissement de Paris, pour finir son parcours jusque dans le petit village de Puiseux en Bray dans le département de l’Oise : c’est dire si je tiens à cette toile. Par ailleurs j’ai systématiquement accroché cette toile dans les toilettes des différents logements déjà cités et lorsque je vais aux cabinets, je ne manque jamais de penser à la détresse de tous les soldats __ et des civils piégés par les guerres __ lesquels sont surpris par les bombardements tandis qu’ils sont occupés à déféquer. Mais nous sommes à table.

Extrait de Chinois (ma vie). Pas grand chose à dire de plus, j’en ai peur, de cette guerre inique, peut-être cette précision, mais je prêche des convaincus, c’est entendu, le fils Bush est la définition même du dictateur, un homme qui prend le pouvoir à la suite d’un coup d’état et qui ensuite conduit son pays à la guerre. Ayant vécu aux Etats-Unis de 1988 à 1991, j’ai bien connu le père dont je trouvais déjà les « oeuvres » nauséabondes, j’étais loin de me douter qu’un héritier se retrouverait sur le trône. Je me souviens avoir défilé dans Michigan avenue et Dearborn avenue sous un écriteau où j’avais peint en toutes lettres : « This is not nintendo, people are actually dying » (ce n’est pas un jeu nintendo, des gens meurent pour de vrai). Je me souviens de Robert Heineken qui fulminait dans son atelier en écoutant à la radio les transcriptions du procès Pointdexter, le procès de l’Irangate, à l’époque les américains armaient Saddam Hussein, procès au cours duquel Reagan était cité à comparaître et ne cessait de répondre « I don’t recall » (je ne me rappele pas) à toutes les questions qui lui étaient posées, et Robert écrasait nerveusement ses mégots en éructant Bullshit ! (balivernes !, en nettement plus grossier). Je me souviens avoir fait ample provision de petits drapeaux américains à 25 cents et de les avoir trempés dans de l’huile de vidange, et de les avoir ensuite distribués à la sortie du métro aérien en plein centre ville (downtown) avec mon ami Greg Williams, et nous nous sommes faits tellement souvent traités de commniste (commies) ou d’homosexuels (faggots), nous étions fiers. Je me souviens avoir accroché un immense drapeau américain en négatif (des étoiles noires sur fond jaune avec des bandes noires et vertes) des fenêtres de mon appartement donnant sur Augusta Boulevard pour le 4 juillet de cette année-là, celle des bannières étoilées et des rubans jaunes à toutes les fenêtres du quartier. Je me souviens comment les Américains étaient émus le soir du 11 septembre 2001 de voir le spectacle de la liesse en Palestine, eux ne se souviennent pas comme moi d’avoir vu des Américains hurler de bonheur dans un bar de Division Street, un soir de février 1991 lorsque un match de hockey sur glace, restransmis à la télévision, fut interrompu pour annoncer que Bagdad était bombardé. Je pense ce soir à mes amis américains qui doivent se sentir seuls devant le déferlement de propagande, eux qui savent lire, des intellectuels nauvragés dans une foule d’illétrés complets, assez ignards pour croire à l’arsenal de destruction massive irakien et aux autres fariboles de cette république pétrolière comme il en va des républiques bananières. Je m’arrête, ma colère est pire que mauvaise conseillère.