« J’envie (c’est une façon de parler) tout homme qui a le temps de préparer quelque chose comme un livre, qui, en étant venu à bout, trouve le moyen de s’intéresser au sort de cette chose ou au sort qu’après tout cette chose lui fait. »
André Breton, Nadja, Folio, page 173.
Pourquoi WebObjet ?
WebObjet affiche son programme :
Webobjet, pour se désigner comme un équivalent WEB de ce qu’on nomme « Livre Objet » dans les Arts plastiques.
Webobjet, pour marquer la nécessaire objectivation du sujet-artiste se servant de lui-même comme matériaux privilégiés, indiquant comment toute expression du sujet est paradoxalement une forme d’objectivation, puisque cette expression devient objet dans/sur un objet.
Qu’est-ce que Webobjet ?
Webobjet est un site Internet. Une partie du site est dynamique, c’est-à-dire liée à une base de données qui permet de mettre à jour le site sans réaliser des pages HTML. La partie journal du site, qui demandait une mise à jour quotidienne, est dynamique, par exemple (voir plus loin le « cadre technique »).
Un premier grand réseau linéaire lie les pages entre elles selon une chronologie calquée sur celle de ma vie. Mais dans le corps même des pages, un deuxième ensemble de liens hypertextes vient brouiller la chronologie, emmêlant les épisodes en créant des passages de point spécifiques du récit à d’autres, des aller et retour possibles, des digressions et des commentaires… Un troisième réseau de liens externes, reliant le site au reste du réseau Internet, perturbe les frontières du site en le rendant poreux à son environnement global : le réseau mondial. Un quatrième réseau est constitué des interactions privées qui peuvent venir s’inscrire dans la structure : Participation externe, collaboration, commentaire, intersection. L’ensemble dessine un système rhizomique hypertextuel classique. Webobjet est donc un « organisme » localisé et défini, mais aussi une simple « zone poreuse » parmi des millions d’autres de l’ensemble du réseau d’archives numériques Internet.
Webobjet est évolutif :
Le site est né en octobre 2006 et va continuer à évoluer tant que je l’enrichirais. Ce mémoire évoque donc l’état du site en août 2007. Comme tout organisme évolutif, on ne peut présupposer de son avenir sans risque de se tromper.
Que contient Webobjet ?
WebObjet a été conçu pour contenir mes archives. C’est la définition même du projet : Un site Internet qui contiendra les archives évolutives de ma vie, pour assumer que la première des matières premières de la création est soi-même. Ma vie même sert donc de source d’événements, de documents, de liens sociaux, de réflexion… toutes choses qui vont alimenter la base de données du site. L’ensemble représente un exercice narcissique expérimental, mais surtout un auto-portrait tout à la fois exposé par la publication Web et occulte par le travers de l’hypertextualité qui rend toute lecture et toute appréhension globale problématique. C’est aussi un lieu d’expérimentation des possibilités expressives et narratives du récit en réseau numérique. Le médium Internet étant conçu comme support possible d’une expression littéraire et artistique actuelle ayant des capacités et des caractéristiques spécifiques. L’expérimentation porte sur l’usage des dispositifs standard du web, et même si elle n’exclut aucune possibilité, elle n’a pas a priori vocation à la programmation expérimentale. Le Web est accepté pour ce qu’il est, un espace commun proposant un langage commun, garant de son existence et de sa pérennité, et donc comme un espace « neutre », « stable » et « standard » de communication.
La structure de Webobjet :
La première caractéristique de Webobjet, c’est que ce site ne possède pas de menu de navigation…
Une étrange porte :
La page index de Webobjet est minimaliste. Elle présente un unique champ formulaire de recherche. Le visiteur qui passe par la page d’accueil (ce qui n’est pas obligatoire sur internet. Il suffit d’utiliser un moteur de recherche pour « pointer » sur une page intérieure), doit donc lancer une recherche, quel qu’elle soit, pour se voir proposer des résultats parmi les pages du site. Cette drôle de page index est commentée dans le chapitre « Web et Hasard » de ce mémoire.
Grandes pages :
Deux « grandes pages » Internet composent l’architecture principale du site : la page « à l’origine » et « ça recommence comme ça ». Ces deux pages publient chacune un texte très long additionné d’images, de vidéos, de sons. Elles tissent un réseau de liens hypertextes avec le web, mais aussi entre elles. Elles ont la particularité de proposer une présentation alternative dite « en codex » (voir le chapitre « la page ») qui découpe le texte unique en page à feuilleter. On peut donc passer très facilement d’une mise en page en un seul bloc à celle moins perturbante de pages multiples.
La page « à l’origine »
La page « à l’origine » est conçue pour recevoir le récit de ma vie entière, de ma naissance à l’automne 2006. La première structure chronologique a été réalisée grâce à mon CV, ce qui a permis de marquer la page de dates précises. Ensuite, elle a été augmentée de textes et documents exhumés de mes archives insérées chronologiquement. Elle inaugure un véritable travail d’exhumation de mes archives personnelles. À chaque fois qu’il est possible de dater un document, il trouve sa place sur cette page. La page « à l’origine », par principe, n’est qu’à peine esquissée et sera toujours perfectible.
La page « ça recommence comme ça »
La page « ça recommence comme ça » contient le journal de ma vie, d’octobre 2006 à fin juin 2007. Elle publie donc le journal de l’année universitaire. Cette page est l’espace privilégié de développement d’une écriture quotidienne (commentée au chapitre « le quotidien »). Elle est aujourd’hui définitivement close, comme réceptacle d’une petite année mise en archives. Ce qui y est raconté ne m’appartient déjà plus, et présente déjà la particularité d’être plus précis que ma mémoire faillible. C’est une expérience étrange de mémoire artificielle à laquelle je peux me référer.
Pages secondaires :
Dans le corps des « grandes pages », certains liens permettent d’accéder à des pages secondaires qui sont autant de culs-de-sac. Ces pages peuvent présenter des descriptions hors textes, comme abordées dans le chapitre « la description hors texte », ou présenter des portions importantes de récit thématique. C’est le cas des pages « le roman », « Dialogue du fou », Nouvelles des chaines », « petit bagne ». Ces textes peuvent être de genre variable, plus ou moins frictionnels : « Dialogue du fou » est une sorte de poème en prose, « Petit bagne », « le roman », sont des textes autobiographiques, « Nouvelles des chaines » est une nouvelle. Le principe des « archives » est ici respecté : les documents sont archivés, disponibles, mais demandent une recherche particulière ou de la chance pour être trouvés, l’absence de menu ne permettant pas de savoir « horizontalement » ce que contient le site.
Participations :
Le « participatif » est un des phénomènes majeurs de l’Internet. WebObjet permet à des participations de s’exprimer dans une certaine limite. En effet, WebObjet doit démontrer la notion d’auteur Web, et donc se méfie du brouillage de toute participation. Malgré tout, étant donné que ce mémoire fait la part belle à la critique du site Desordre.net, il était normal de laisser une place à son auteur. La page « ça recommence comme ça » intègre donc deux pages extérieures écrites par Philippe De Jonckheere « Ma vie dans l’ombre des hommes sans tête » ainsi que « Mon intersection avec Alain François ». Autrement, le fils du récit intègre parfois des e-mails reçus de correspondants qui deviennent ainsi des personnages à part entière. La dernière manière de participation est le classique « commentaire ». Mais le site étant volontairement resté longtemps hors référencement, il n’y a eu dans l’année que trois commentaires à la page « à l’origine ».
La zone « avant moi » :
Il existe une zone encore largement en chantier à cette heure : la zone « avant moi », que l’on atteint par un lien au tout début de la page « à l’origine », c’est à dire chronologiquement au moment de ma naissance. Ce lien permet donc de « remonter le temps », et d’accéder à une zone qui présente la vie de mes parents avant ma naissance, et celle de mes grands parents. Entre la page de ma vie et cette zone, une page intermédiaire, du nom même du lien, présente un film vidéo qui s’intitule : « Tentative de profanation de l’instant de ma conception ». Pour accéder à « avant moi », il faut donc regarder en face l’instant même de ma conception.
BlogObjet et AntiBlogObjet :
Le « journal en ligne » continue après la page « ça recommence comme ça » sous la forme d’un Blog standard, c’est à dire avec publication des derniers billets en entête, agenda pour les archives, et possibilité de commentaires. Ce Blog commencé donc en juillet 2007, est le nouveau lieu de publication quotidienne, ou quasi quotidienne. Commenté au chapitre « le quotidien », il présente la particularité de proposer une disposition alternative des billets, dans un sens chronologique, qui retrouve ainsi la disposition linéaire du récit dans les grandes pages…
En conclusion :
Webobjet, comme œuvre et comme mise en forme de mes archives personnelles, est aujourd’hui à peine esquissé. C’est le propre d’une œuvre évolutive et d’à peu prés tout site Internet. En effet, l’une des différences entre le livre papier et la publication Web, c’est que le livre doit absolument être arrêté à un moment de sa conception pour être imprimé, alors qu’une diffusion Internet est perpétuellement modifiable sans qu’il y ait « d’effet de palimpseste », c’est-à-dire sans trace.
Autre différence avec le monde du papier, le site webobjet inscrit dans sa structure des interactions complexes dynamiques qu’il est difficile de faire coexister dans un livre autrement que symboliquement. La possibilité offerte par le lien numérique permet de saturer les différentes parties du site de véritable passage vers d’autres parties, et vers le reste du Web. Cette structure en réseau, le rhizome [1] cher à Gilles Deleuze, est à la fois structurée et fermée, tout en entretenant un ensemble complexe de lien avec son environnement numérique — le réseau mondial — qui rend assez flou ses frontières exactes. Il est donc autant composé de ce qui nourrit sa base de données que des liens qui le lient à l’Internet, à la manière de tout individu à la fois unité biologique isolée et simple élément constitué, structuré, influencé par tout ce qui le lie à son environnement social. Ce site, en archivant ma vie, permet d’user des possibilités expressives et esthétiques du lien numérique qui sait articuler des textes entre eux autant que des éléments médias hétérogènes.